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Écrire ? Personne au monde ne saurait empêcher un poète d'écrire : c'est pour lui besoin vital ! S'il lui arrive d'espérer parfois acquérir une notoriété, ce n'est pas pour combler un ego vaniteux ou se satisfaire de vagues honneurs qui volent au vent ou s'ensevelissent sous la cendre du temps. C'est avec l'espoir de communiquer, de rencontrer dans cette humanité parfois désespérante des frères d'âme, portés comme lui à une spiritualité empreinte de beauté, et le bonheur de dire dans la grâce de l'expression venue du cœur et filtrée par un esprit vigilant. Donc, écrire. Envers et contre tout. Ecrire oui ! Et tant pis pour les jaloux, les Zoïles et les jacasses ! Non pour calmer les ardeurs, mais pour les canaliser, n'est-il pas permis de s'interroger sur la meilleure façon de consommer l'acte de création qui, loin d'être anodin, engage à la fois le poète et le monde. De même que toute vérité n'est pas bonne à dire, tout poème n'est pas bon à entendre… surtout s'il n'est pas bon ! Car le génie ne procède pas intimement du désir, pourtant indispensable. Il se trouve que, les choses étant ce qu'elles sont, et les hommes itou, la réussite ne couronne pas forcément l'auteur enthousiaste, donc moins clair voyant, ivre de sa facilité ou de la densité prétendue de son écrit. La poésie, quand on veut la contraindre se défile, se sauve et s'enfuit : le poème, qui n'est d'abord qu'un objet, peut se révéler flacon vide. Et le poète, bien malgré lui, risque d'apparaître comme un bavard, un raseur ou un plumitif sous-doué. Cela arrive à chacun et à tous, même aux meilleurs. Tant mieux s'ils en prennent conscience : celui qui n'a pas été à la hauteur, surtout dans ses débuts, mal accueillis, fera sans doute mieux la prochaine fois. Alors dans sa solitude, que l'auteur abandonné à lui-même se garde bien de vitupérer, d'accuser, de rationaliser et de ratiociner. Mais qu'il regarde avec compréhension, sympathie mais objectivité, l'œuvre qu'il a commise et qui n'engendre pas l'enthousiasme des foules. Trouver où et comment on a quitté le chemin fleuri de la poésie rapportera plus que lamentos et diatribes. Honneur au vaincu... qui se relève, et reprend la lutte… avec lui-même ! Oronte |