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E d i t o r i a l

Été, vacances, poésie



    Voici venue la saison des vacances, avec son cortège d'images et de sensations, son aura éblouissante, et toute une traîne de souvenirs agréables et confus. De quoi se sentir joyeux avant même d'en avoir profité. Il est vrai que les jours allongent, que la température est plus cl‚mente et que le soleil est un peu moins avare de rayons, même si quelques averses nous rappellent les temps encore proches des pluies impitoyables et des inondations cruelles.


      Et la poésie, que devient-elle dans cette sorte d'euphorie qui saisit les candidats au dépaysements et au farniente ? Elle existe à l'état latent et ne demande pour se manifester que la disponibilité du poète. Car la nature inspiratrice n'a pas renoncé, sous prétexte de mois d'août‚ à nous offrir une glane généreuses : la vie, la couleur, le temps chaud, le soleil dans sa splendeur ou dans ses états d'âme, quelques nuages aidant, et aussi cette sorte de tendresse qui baigne la campagne et même la ville. C'est l'été : autre régime, autres comportements, autres perceptions.


     Le poète, lui, ne change pas, même si son attitude plus détendue le laisse croire. Selon le cas, il s'abandonne à la douceur de loisirs bien mérités et il se contente d'engranger des images, des motifs et des graines de poèmes. Plus tard, il démontrera qu'il n'a pas perdu son temps en se reposant.  Pour d'autres, c'est soudain la liberté retrouvée, liberté relative certes mais perçue comme immense : c'est la période rêvée pour étancher le désir de création que les activités professionnelles freinent trop souvent. Voici que montent en surface des thèmes à peine effleurés durant le reste de l'année, des motifs attirants et pleins de richesses potentielles. Et sans nuire au tempo qu'imposent les circonstances et les obligations familiales, quelle chance de pouvoir disposer presque à volonté de temps pour noircir du papier et effacer l'ardoise des désirs et des besoins.

                     

    Quant à ceux que leur métier ou leur situation difficile privent des petits bonheurs de la trêve et du dépaysement, peut-être trouveront-ils en contrepoint des distractions inattendues, un renouvellement du décor (moins d'autos, moins de monde !) et des satisfactions inespérées : l'inspiration n'en pâtira pas, bien au contraire, et  de beaux poèmes viendront à la fois consoler et récompenser le pauvre poète en attendant des jours meilleurs !


      Les vacances, elles sont aussi intérieures ; et quand cela est possible, que les soucis ne sont pas trop lourds, que la santé n'est pas préoccupante, chez soi et chez ceux qu'on aime, pourquoi ne pas décider d'en prendre : elles ne seront pas vraiment virtuelles si on parvient à cet état d'ataraxie, générateur de cette harmonie et de cette puissance retenue qu'on envie aux sages.


     Aucun souci à se faire : en octobre, la vendange sera bonne et les amis poètes entasseront leurs précieux trésors de l'été dans leurs cahiers et dans des recueils. En somme : au travail !

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