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Qui sait où va la poésie en ses chemins aléatoires ? Nous autres, pauvres serviteurs de l'art, tentons vainement de savoir où nous aboutirons, en quel pays en quel état. En ce royaume de poésie, sans doute, cette terre promise, que nous désirons tant, qui est aussi, hélas, terra incognita. En ces jours d'été, on ne saurait se plaindre de le vigueur de l'exubérance, et de la variété des surgissements poétiques... Et pourtant, comment dissimuler son inquiétude face aux changements qui se manifestent, et aux nouvelles formes d'expression qu'ils engendrent ? Muses, serions-nous déjà trop vieux, trop conservateurs, trop « rétro » comme on dit aujourd'hui ? Comme toujours, il faut s'en tenir aux faits et ne pas manquer de se remettre en question après s'être livré, s'il y a lieu, à un sincère examen de conscience. A propos de la production poétique, aujourd'hui, personne ne peut avoir la prétention de faire un quelconque diagnostic : les signes que nous pouvons relever çà et là ne sont que parcellaires, isolés, sans véritable signification car quelques étoiles observés par chance ne témoignent pas de la réalité d'une nébuleuse complexe. N'empêche ! Au hasard des lectures ou des textes mis en vedette, par exemple au cours de la semaine de poésie, on peut avoir quelques surprises. Certes le choix du responsable compte autant que le créateur du poème, ce qui complique un peu l'analyse. Qui a choisi ? Et dans quelles conditions, dans quel esprit ? Pour qui a quelque expérience de la vie et de ce milieu un peu spécial qui se développe sur la littérature, l'inquiétude n'est pas absente : tant d'éléments interviennent, consciemment ou non dans la décision finale. Ceux d'entre nous qui ont participé aux travaux d'un jury connaissent les aléas qui président au palmarès Ce n'est pas d'aujourd'hui… Mais le « corpus delicti » prête aussi à méditation voire à rumination. Sans prétendre que l'on est l'amateur éclairé que l'on voudrait être et le juge impartial qui doit présider à tout repérage sur une échelle de valeurs, elle-même difficilement construite et pas forcément solide, on a le droit d'éprouver un malaise devant ce qui tombe sous nos yeux, dans les recueils, les revues et même dans le Figaro littéraire, les trop rares fois où un espace -- plutôt mesquin -- est réservé à un poème prélevé dans ce qui parvient à la connaissance du membre du sanhédrin préposé à la sélection promotionnelle ! La poésie que véhiculent les chansons, qui se crée selon d'autres critères que ceux que connaissent les poètes à proprement parler, ne modifie guère l'opinion même si les textes sous jacents sont respectables seraient-ils écrits en bon français. Cela dérape un peu avec le rap même si c'est très tendance d'y voir l'un des derniers refuges de la vraie poésie. Mais le pire reste à venir : nos enfants qui usent si volontiers des « SMS » ne seront-ils amenés à composer sur le même mode leurs premiers poèmes d'amour ? A moins que ne survienne un sursaut collectif pour respecter la langue et défendre la poésie ? Oui, mais quelle poésie ? |
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Chemins vagues |