FEUILLET PRECEDENT

14

Ü

INDEX

GAZETTE

LABORATOIRE

VARIA

FORUM

Ü


ALPHONSE DE LAMARTINE



                      L'automne


Salut ! Bois couronnés d'un reste de verdure !

Feuillages jaunissants sur les gazons épars !

Salut, derniers beaux jours ! Le deuil de la nature

Convient à la douleur et plaît à mes regards !


Je suis d'un pas rêveur le sentier solitaire,

J'aime à revoir encor, pour la dernière fois,

Ce soleil pâlissant, dont la faible lumière

Perce à peine à mes pieds l'obscurité des bois !


Oui, dans ces jours d'automne où la nature expire,

à ses regards voilés je trouve plus d'attraits,

C'est l'adieu d'un ami, c'est le dernier sourire

Des lèvres que la mort va fermer pour jamais !


Ainsi, prêt à quitter l'horizon de la vie,

Pleurant de mes longs jours l'espoir évanoui,

Je me retourne encore, et d'un regard d'envie

Je contemple ses biens dont je n'ai pas joui !


Terre, soleil, vallons, belle et douce nature,

Je vous dois une larme aux bords de mon tombeau ;

L'air est si parfumé ! La nature est si pure !

Aux regards d'un mourant le soleil est si beau !


Je voudrais maintenant vider jusqu'à la lie

Ce calice mêlé de nectar et de fiel !

Au fond de cette coupe où je buvais la vie,

Peut-être, restait-il une goutte de miel ?


Peut-être, l'avenir me gardait-il encore

Un retour de bonheur dont l'espoir est perdu ?

peut-être dans la foule, une âme que }'ignore

Aurait compris mon âme, et m'aurait répondu ?


La fleur tombe en livrant ses parfums au zéphire ;

À la vie, au soleil, ce sont là ses adieux;

Moi, je meurs, et mon âme, au moment qu'elle expire

S'exhale comme un son triste et mélodieux.


(1815 -1819)

Ý

Suite

Retour à la source page 5